La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) a clôturé l’exercice 2025 sur une performance historique, confirmant son rôle central dans le financement des économies de l’UEMOA. Présenté ce mardi 20 janvier 2026 à son siège à Abidjan par son directeur général, Edoh Kossi Amenounve, le bilan annuel met en évidence une dynamique de croissance robuste, malgré un environnement économique mondial marqué par l’incertitude financière, les tensions géopolitiques et le durcissement des conditions monétaires internationales.
Une mobilisation record sur le marché primaire
En 2025, la BRVM a mobilisé 4 204,7 milliards de FCFA sur le marché primaire, un niveau inédit depuis la création de la bourse régionale. Cette performance confirme la capacité du marché financier régional à canaliser l’épargne vers le financement des États et des entreprises.
Le marché obligataire constitue le principal levier de cette croissance. À lui seul, il a concentré 3 684,9 milliards de FCFA, soit 87,6 % des ressources levées. Cette structure reflète la préférence persistante des investisseurs pour les instruments à revenu fixe dans un contexte de recherche de rendement maîtrisé et de visibilité sur les flux de trésorerie.

Les États de l’UEMOA, piliers du financement régional
Les émissions souveraines demeurent largement dominantes, représentant 95,19 % du compartiment obligataire. Le Sénégal s’est particulièrement distingué avec plus d’une dizaine d’emprunts obligataires réalisés sur l’année, confirmant son recours actif au marché régional pour le financement budgétaire.
Le secteur privé, bien que minoritaire, continue de renforcer progressivement sa présence avec 117,1 milliards de FCFA levés, tandis que les organisations régionales ont mobilisé 60 milliards de FCFA. Cette diversification progressive des émetteurs constitue un signal positif pour la profondeur et la résilience du marché.
L’essor de l’épargne collective et de la titrisation
L’année 2025 marque également un tournant pour les instruments d’épargne collective. Les Fonds communs de titrisation de créances (FCTC) ont atteint 418,9 milliards de FCFA, représentant la plus importante émission du secteur privé dans cette catégorie. Cette évolution traduit une sophistication croissante du marché financier régional et une meilleure structuration des mécanismes de financement alternatifs.

Modernisation des indices et attractivité internationale
Dans une optique de lisibilité accrue pour les investisseurs, notamment internationaux, la BRVM a lancé, le 2 janvier 2025, sept nouveaux indices sectoriels couvrant notamment les télécommunications, la finance, l’énergie et d’autres secteurs clés de l’économie régionale.
Cette segmentation vise à améliorer l’analyse de la performance sectorielle, faciliter la gestion indicielle et renforcer l’attractivité du marché pour les investisseurs institutionnels, fonds spécialisés et gestionnaires d’actifs internationaux.
Une activité IPO encore limitée mais structurante
Sur le segment des actions, l’année a été marquée par l’introduction en bourse de la Banque Internationale pour l’Industrie et le Commerce du Bénin (BIIC). Si le nombre d’IPO demeure modeste, cette opération confirme la capacité de la BRVM à accompagner les établissements financiers dans leur stratégie de renforcement de fonds propres et de gouvernance.
À l’échelle mondiale, l’Afrique reste en retrait avec 13 IPO seulement en 2025, contre 103 en Europe, 237 en Amérique et 1 124 en Asie-Pacifique. Dans ce contexte, la BRVM consolide néanmoins sa position de 5ᵉ bourse africaine, avec une capitalisation totale de 24 781,3 milliards de FCFA, représentant 18,37 % du PIB de l’UEMOA.
Marchés de matières premières : un potentiel à structurer
Abordant la Bourse des matières premières agricoles (BMPA) de Côte d’Ivoire, lancée en mai 2025, le directeur général a insisté sur la nécessité d’un renforcement des infrastructures logistiques. La construction de silos à proximité des zones de production apparaît comme un enjeu clé pour assurer un stockage efficace, réduire les pertes post-récolte et améliorer la fluidité des échanges.

Cap sur 2026–2030 : innovation, diversification et finance durable
La BRVM se projette dans une nouvelle phase de transformation avec son plan stratégique 2026–2030, axé sur une rupture technologique majeure. L’intégration de l’Intelligence artificielle, de la Blockchain et du Big Data est appelée à moderniser les opérations de marché, la surveillance, la gestion des risques et l’expérience des investisseurs.
Parmi les priorités annoncées figurent :
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le lancement de fonds indiciels cotés (ETF) et de produits dérivés ;
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une ouverture accrue vers les industries extractives, l’agriculture et les industries culturelles ;
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le renforcement de la finance durable et des instruments ESG.
À ce titre, la BRVM se classe déjà 2ᵉ en Afrique pour la cotation des Social Bonds, confirmant son positionnement sur les marchés à impact.

Une place financière régionale en pleine maturité
Avec un volume moyen quotidien de transactions de 1,4 milliard de FCFA, la BRVM s’affirme comme un acteur incontournable du financement de l’Afrique de l’Ouest. L’exercice 2025 illustre une bourse en phase de maturité progressive, capable d’allier stabilité, innovation et ambition régionale, tout en préparant son intégration plus profonde aux marchés financiers internationaux.
Mike Anoumabo
