De la technocratie à la haute politique, le parcours d’un homme de continuité et de rassemblement.
Le samedi 17 janvier 2026 restera comme une date majeure de la vie parlementaire ivoirienne. Ce jour-là, Patrick Jérôme Achi est élu président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, avec une majorité écrasante, succédant à Adama Bictogo. Un aboutissement institutionnel pour un homme dont le parcours épouse, depuis plus de deux décennies, les grandes mutations de l’État ivoirien, au-delà des alternances politiques.
Une formation d’élite au service de la République
Né le 17 novembre 1955 à Paris, Patrick Achi incarne cette génération de cadres africains façonnés par l’excellence académique et l’ouverture internationale. Après une maîtrise de physique à l’Université de Cocody en 1979, il poursuit ses études à Supélec, puis à l’université de Stanford, où il se spécialise en ingénierie et infrastructures. Cette solide formation scientifique irrigue toute sa carrière. Chez lui, la politique est d’abord une affaire de méthode, de planification et de résultats.
Il débute sa carrière professionnelle en 1983 comme consultant chez Arthur Andersen à Paris, avant de s’installer à Abidjan en 1988. En 1992, il fonde Strategy & Management Consultants, cabinet à travers lequel il contribue à d’importantes réformes structurelles de l’État ivoirien, notamment dans les secteurs stratégiques de l’énergie, des finances publiques et du café-cacao.
Un ministre des Infrastructures au long cours, au-delà des régimes
La singularité du parcours politique de Patrick Achi réside dans sa capacité à servir l’État au-delà des clivages partisans. En octobre 2000, sous la présidence de Laurent Gbagbo, il est nommé ministre chargé des Infrastructures économiques dans le gouvernement Affi N’Guessan I. Il conservera ce portefeuille stratégique pendant près de dix ans, traversant plusieurs gouvernements successifs jusqu’en février 2010.
Sous la présidence d’Alassane Ouattara, il est rappelé au même poste en avril 2011. Là encore, sa longévité impressionne. Patrick Achi demeure ministre des Infrastructures économiques à travers plusieurs gouvernements (Soro, Ahoussou-Kouadio, Kablan Duncan), consolidant sa réputation d’homme-clé des grands chantiers nationaux.
Ancrage territorial et ascension institutionnelle
Élu député en 2011, Patrick Achi s’enracine durablement dans la région de La Mé, dont il devient président du Conseil régional en 2013. Réélu en 2018 puis en 2023, il y déploie une vision de développement durable, matérialisée notamment par le Plan Vert de la région de La Mé, destiné à protéger la réserve naturelle de Mabi-Yaya et à faire de la région un modèle de gouvernance écologique.
Du PDCI au RHDP, un choix politique assumé
Longtemps membre du PDCI-RDA, Patrick Achi tente, sans succès, de rapprocher Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara lors des tensions liées à la création du RHDP en parti unifié. En décembre 2018, il cofonde le mouvement PDCI-Renaissance, aux côtés de Daniel Kablan Duncan, avant d’être temporairement exclu du PDCI en avril 2019. En juin de la même année, il rejoint officiellement le RHDP, où il devient vice-président du parti.

Au cœur du pouvoir exécutif
En janvier 2017, le président Ouattara le nomme secrétaire général de la Présidence de la République, poste stratégique qu’il cumule à partir de juillet 2020 avec celui de ministre d’État. Il devient alors le troisième personnage de l’exécutif ivoirien.
Après la mort d’Amadou Gon Coulibaly, son nom circule parmi les possibles successeurs à la Primature. Lorsque Hamed Bakayoko est hospitalisé en février 2021, Patrick Achi est nommé Premier ministre par intérim le 8 mars, avant d’être confirmé officiellement le 26 mars 2021, à la suite du décès de ce dernier.
À la tête du gouvernement, il dirige deux équipes successives jusqu’en octobre 2023. Son passage à la Primature est marqué par la gestion de dossiers complexes, dans un contexte mondial instable, et par la continuité des grands projets de développement.
Une stature internationale affirmée
Après la Primature, Patrick Achi conserve une forte influence. En février 2024, il rejoint l’université Harvard comme enseignant-chercheur au Centre de développement international. Le 1er juillet 2024, il est nommé conseiller externe du FMI et de la Banque mondiale, consacrant sa crédibilité sur les questions de gouvernance et de politiques publiques.
Le 7 janvier 2025, un décret présidentiel le nomme ministre d’État, conseiller spécial à la Présidence de la République. En mai 2025, il est choisi pour présider le 2ᵉ congrès ordinaire du RHDP, confirmant son poids politique au sein de la majorité.
Du député d’Adzopé au perchoir
Aux législatives de décembre 2025, Patrick Achi est élu député d’Adzopé avec 82,75 % des suffrages. Fort de cette légitimité populaire, il est désigné candidat du RHDP à la présidence de l’Assemblée nationale.
Le 17 janvier 2026, lors de la première séance de la nouvelle législature, il est élu président de l’Assemblée nationale avec 215 voix sur 255 députés, face au candidat du PDCI. Une élection qui traduit un large consensus autour de sa personne et de son expérience.
Un homme de rigueur et de dialogue au service du Parlement
En accédant au perchoir, Patrick Jérôme Achi apporte à l’Assemblée nationale une connaissance fine de l’exécutif, une culture du compromis et une autorité calme. Son parcours, traversant les régimes et les crises, en fait un président de Parlement à la fois rassurant et stratégique.
Plus qu’un aboutissement personnel, son élection symbolise l’installation d’une Assemblée nationale appelée à jouer pleinement son rôle dans la consolidation démocratique et la stabilité institutionnelle de la Côte d’Ivoire.

La discrétion d’un homme de famille
Derrière la rigueur du technocrate et la stature de l’homme d’État, Patrick Jérôme Achi cultive une vie privée marquée par la discrétion et l’attachement aux valeurs familiales. Il est marié à Florence Aste, actuelle maire d’Adzopé, avec laquelle il forme un couple engagé dans la vie publique et le développement local. De cette union sont nés cinq enfants, auxquels il reste profondément attaché, malgré les lourdes responsabilités liées à ses fonctions.

Le président de l’Assemblée nationale a également été éprouvé par le deuil. Le 5 novembre 2023, Patrick Achi a perdu sa mère, Marianne Le Du, en France. Cette disparition, survenue quelques semaines après la fin de ses fonctions de Premier ministre, a marqué une période de recueillement et de sobriété pour celui qui n’a jamais dissocié l’exigence du service public de l’humanité personnelle.
Homme de devoir, de loyauté et de mémoire, Patrick Jérôme Achi porte ainsi, au sommet de l’État, une trajectoire où la compétence institutionnelle se conjugue à une profonde sensibilité familiale et humaine.
Par Akina Dekouassi
