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[Interview] Hawa Kam Hoguié “Dans le milieu culturel, je ne me mets pas en tête que je suis une femme… “

Dans le cadre du festival SICA qui s’est tenu à Conakry, l’envoyé de Anoumabo.com sur place est allé à la rencontre de la brave dame du showbiz guinéen, Madame Hawa Kam Hoguié, promotrice du Festival Panafricain des Grillades en Guinée et en république Démocratique du Congo. Celle-ci nous livre les secrets de ce grand festival dans une interview.

1. Bonsoir Madame, veuillez-vous présenter à nos auditeurs.

Bonsoir, je suis Hawa Kam Hoguié née Condé, directrice de l’agence YOKAM et organisatrice de plusieurs concepts dont le Festival Panafricain des Grillades.

2. Quel est votre parcours ?

Mon parcours est tout à fait atypique. J’ai fait des études de Droit en France, j’y ai obtenu un DEUG au bout de 2 ans à l’université. A la faculté de droit, j’ai rapidement compris que cette discipline n’était pas faite pour moi. J’ai dû convaincre mon père pour aller en Angleterre effectuer des études de « Business Administration ». Je me suis spécialisée en Economie Internationale. Ce qui n’a absolument rien avoir avec le domaine dans lequel j’exerce aujourd’hui.

J’ai débuté ma carrière professionnelle comme « Logistics Manager » chez FTF Partners en Angleterre. Ensuite, j’ai épousé un ivoirien qui m’a emmenée à Abidjan où j’ai travaillé comme Responsable Commerciale Export de la SOTACI qui est transformateur d’acier. Après SOTACI, j’ai ouvert ma petite entreprise qui s’appelait « CGA Marketing and Services », spécialisée dans la vente de véhicules au système des Nations Unies et aux ONG internationales avec une branche spécialisée dans la confection de tenue de travail.  

Pendant que je faisais mon petit bout de chemin à Abidjan, il y avait quelque chose qui me manquait. Je savais que je n’étais pas heureuse sur le plan professionnel.

C’est ainsi que mon mari est parti en expatriation en France et je me suis vue obligée de l’accompagner, finalement je n’ai pas travaillé pendant un ou deux ans. Ne pas travailler n’est pas fait pour moi, alors à un moment donné j’ai commencé à penser à quoi faire et tout de suite, c’est la culture qui m’est venue naturellement.

J’ai commencé à concevoir des projets culturel et évènementiel que j’ai plus tard commencé à vendre aux différentes entreprises.

J’ai ensuite suivi une formation en communication à Miami où je me suis spécialisée en événementiel et en décoration. Peu après, on a été muté à Kinshasa et là, les portes se sont ouvertes à moi.

3. Installée à Kinshasa, passionnée de la culture, d’où t’es venu l’idée de lancer un festival Gastronomique dont le Festival Panafricain des Grillades ?

On sait tous que Kinshasa est la ville de la musique et de la fête donc pendant un an, j’observais. Je me suis rendu compte qu’en organisant des concerts, je n’apporterais rien de nouveau à la ville. A Kinshasa, toutes les grandes stars congolaises que vous connaissez se produisent les week-ends.

Le monde de la musique au Congo est un peu difficile. Je n’ai pas été soutenue par grand monde dans mon entourage, en dehors de mon époux et d’une dame que je considérais et continue à considérer comme ma petite sœur. Elle travaillait chez Bolloré et était très proche de moi. Elle s’est investie à 100% avec moi dans ce projet complétement fou. Elle est malheureusement décédée il y a de cela 2 ans à l’âge de 36 ans.

Je me rappelle exactement lui avoir dit : « Ecoute, on ne peut pas faire d’événement musical au Congo, ça ne marchera pas parce que les congolais ne consomment quasiment que leurs musiques. Alors il faut peut-être l’associer à la nourriture ».

C’est de là qu’est venue l’idée du Festival Panafricain des Grillades, qui connait chaque année la participation de plusieurs spécialistes de grillades et de musiques en provenance de plusieurs pays Africain.

On a pris énormément de risques mais on s’est quand même lancée. Je vais vous étonner, la première édition s’est super bien passée.

4. Parlez-nous un peu plus du coup à succès de la première édition du festival Panafricain des Grillades à Kinshasa !  

A notre grande surprise le concept a été tout de suite adopté par les congolais. Nous avons été accompagnées par tellement de monde, pour une première édition nous avons fait plus de 2800 visiteurs.

Ce qu’il faut retenir, c’est que le Festival Panafricain des Grillades est un peu différent des autres festivals car c’est un festival de la classe moyenne. On ne le veut pas également trop populaire pour pouvoir mieux gérer l’afflux massif des festivaliers en termes de sécurité.

Le Festival Panafricain des Grillades est aussi un espace où se mélangent toutes les couches sociales et un lieu de détente pour les familles (gratuit pour les enfants de 0 à 7 ans avec des aires de jeux spécialement aménagés).

5.  YOKAM, nous voulons en savoir plus sur cette agence événementielle, de communication et de marketing

YOKAM se porte très bien, surtout après mes différentes formations en événementiel, communication et en décoration, je me suis dit qu’il est temps de me lancer.

Lors de la 1ère Edition du Festival en Guinée les entreprises qui nous ont accompagnée, nous ont fait comprendre qu’il fallait aller plus loin et ne pas se limiter uniquement à cette idée.

Dès lors, j’ai commencé à concevoir des concepts que je leurs ai vendu et par la suite j’y ai rajouté l’organisation des évènements pour elles. C’est parti très vite.

6- Parlez-nous maintenant du contenu de ce festival qui est aujourd’hui reconnu au plan international !

C’est une combinaison, en fait la musique vient agrémenter la gastronomie.

Je suis convaincue qu’il y’a une gastronomie africaine et l’objectif est de la promouvoir dans les différentes villes où le FESTIVAL PANAFRICAIN DES GRILLADES existe.

Pour nous, Il ne faut pas seulement mettre en avant les spécialités du pays où a lieu le Festival mais mettre en avant le savoir-faire culinaire de différents pays Africain. Nous invitons donc d’autres personnes qui viennent d’ailleurs. Je vous explique comment ça marche. Par exemple, ce sont les guinéens qui sont propriétaires des stands guinéens cependant les stands étrangers appartiennent à Yokam. Nous le faisons afin d’éviter des dépenses à ces personnes qui n’ont pas forcément de gros moyens. Nous allons les rencontrer dans leurs pays, nous nous assurons qu’ils soient spécialistes dans leurs domaines et leur proposons de venir au festival.

Aujourd’hui, on est accompagné par de grandes entreprises telles que ( Sobragui avec 33 Export , Agrofood avec Maggy, Vista Bank,Guicopres, Orange, Nsia et bien d’autres…..) ce qui nous permet d’avoir les meilleurs artistes d’Afrique sur nos scènes.

7. Étant une femme, comment arrivez-vous à garder le cap dans l’événementiel tandis qu’en Guinée c’est un milieu qui est très complexe.

Déjà, je ne me mets pas dans la tête que je suis une femme.

Je me dis que j’ai fais des études et que je me forme au minimum 1 fois par an, je ne vois donc pas en quoi les hommes seraient meilleurs à moi. Je respecte les aînés, je sais qu’il y’en avait plusieurs avant moi, je prends le cas de Tidiane World Music & Bénédi pour lesquels j’ai énormément de respect.

En fait je ne me pose pas la question, je suis une femme, je suis un chef d’entreprise comme n’importe quelle autre personne et j’ai des hommes dans mon équipe. Je ne me dis pas que ce sont des hommes et que je dois les traiter autrement. Je les traite comme n’importe quelle personne de mon équipe. Dans ce milieu pour moi, je suis égale aux autres.

8-   Qu’est-ce qui vous a motivé à faire une copie de ce festival de la RDC à Conakry ? Est-ce que c’est parce que vous devez vous installer à Conakry ?

Je ne m’installerais jamais à 100% en Guinée puisque j’ai fait le choix d’épouser un ivoirien. Le festival se tient toujours parallèlement à Kinshasa. Nous avons marqué une pause en raison de la situation que vous connaissez mais nous y retournons cette année.

Pour moi à un moment donné, je me suis posé la question de réussir à l’étranger, est-ce que c’est une réussite réelle ?

D’origine guinéenne, je ne suis pas née en Guinée mais j’ai passé un moment de ma vie ici donc je me dis que ce festival il faut qu’à un moment donné, je vienne le faire chez moi.

La condition sine qua none pour moi était de faire d’abord mes preuves à l’étranger, car vous n’êtes pas sans savoir que le domaine de la culture est très compliqué en Guinée. Je me suis dit, je fais mes preuves à l’étranger, je viens en Guinée avec mon concept que j’explique aux guinéens et je ne vois pas pourquoi, ils me rejetteront parce que ceux qui m’ont connu ne m’ont pas connu dans ce milieu. Et, c’est comme ça que j’ai emmené le concept, j’ai réalisé un publi-reportage de ce que j’avais fait dans les autres villes qu’on a diffusé et on a annoncé que le festival venait en Guinée.

9-   Certainement vous avez fait plusieurs éditions, quelle est l’édition qui vous a le plus marqué ?

Deux (2) éditions m’ont marquée en Guinée. La première a été extrêmement difficile à lancer au début puis une réussite à la fin. Difficile sur le plan administratif, sur le plan acceptation de ma personne.C’était le fait que j’étais perçue comme une diaspora, je ne connaissais plus trop de monde. Ceux qui me connaissaient vraiment m’ont soutenu et ont été là pour moi. Mais il y a des gens qui me regardaient du coin de l’œil et qui disaient c’est quoi ça ? C’est qui ça ? Donc ça été vraiment difficile mais à la fin, ça été une réussite totale. Nous avons enregistré plus de visiteurs que lors de la 1ère Edition de Kinshasa alors que Kinshasa, c’est 15 millions d’habitants. La seconde s’est plus ou moins bien passée, la troisième aussi. La quatrième c’est celle qui vient de se passer. En fait, cette quatrième édition pour moi, c’est le couronnement de tout le travail que mon équipe et moi avons abattu.

Le gain en fait aujourd’hui est financier, on ne va pas se le cacher. La première édition, pour être nette avec vous, on a perdu de l’argent mais c’était normal parce qu’on a investi énormément dans la communication pour faire connaître le concept. La deuxième édition, on a commencé à rentrer dans les fonds. Aujourd’hui, on gagne de l’argent sur le festival. Ce ne sont pas des sommes astronomiques mais on ne doit rien à personne, c’est ce qui est important. Le gain aujourd’hui, c’est le fait que ce festival soit connu en Guinée et que la plupart des personnes savent, ce que c’est que le festival panafricain des grillades.

10. Comment arrivez-vous à gérer votre vie professionnelle et la vie conjugale.

Je pense que j’ai le mari presque parfait (rire). C’est quelqu’un qui a compris tout de suite que mon épanouissement se trouve dans le travail et qu’on ne pourrait pas m’en empêcher donc il m’a soutenu pour ça. Je gère très bien, quand je suis à la maison, je suis une maman à temps plein, je fais à manger, je suis l’éducation de mes enfants, j’ai trois enfants.

Mon aîné est un garçon qui passe le brevet cette année. J’ai également des jumeaux, une fille et un garçon. Mes enfants me soutiennent, ils comprennent quand je m’absente. Je voyage beaucoup pendant les périodes préparatoires parce que je suis obligée d’être présente dans le pays où nous organisons le festival mais j’essaie de rentrer une semaine tous les 10 jours.

Pour moi, je ne vois pas ma vie sans l’un ou sans l’autre.

11- Est-ce que déjà, on peut avoir les innovations que vous comptez apporter à la cinquième édition ? Ce petit génie que vous avez encore ?

On a fait un « débriefing » avec mon équipe. Il nous revient assez régulièrement que les trois jours ne suffisent pas. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on a commencé par 2 jours. On a eu tellement de plaintes que nous sommes passés à 3 jours depuis l’année dernière seulement.

 

Pour l’idée de faire le festival sur 4 jours, on va y penser parce que les coûts sont énormes. En termes d’investissements personnels, d’énergie et d’investissements physiques c’est très lourd. On est en train de travailler sur la possibilité d’aller sur un jour supplémentaire. Vous avez vu le « carton » de Yémi Aladé cette année, c’est extraordinaire. Nous sommes déjà en train de penser à un autre artiste qui va maintenir la barre haute. Plus ça grandit, plus le travail s’accroît et plus les gens attendent de nous.

Nous préparons de manière très active cette cinquième édition avec l’éventualité de l’organiser dans une autre ville au mois de novembre.

12- Quel est votre regard sur la culture en générale en Guinée ?

Je pense que l’on peut mieux faire dans plusieurs domaines. Beaucoup d’hommes et de femmes de culture (musique, théâtre, littérature) se battent pour que la Guinée soit connue sur le plan international.

Je pense très honnêtement qu’il y a de la place pour tout le monde. Pour nous qui sommes en première ligne, nous devons accepter les nouveaux venus, les accueillir et les encadrer. Aujourd’hui, la Guinée regorge d’artistes qui ont un grand potentiel. A ma petite échelle, j’essaie de les faire connaitre à l’étranger. A titre d’exemple, quand je fais le festival à Kinshasa, j’emmène des artistes guinéens. J’emmène le gagnant du festival en Guinée pour qu’il aille représenter la Guinée, etc. Je sais qu’on est certes connu mais il faut que l’on commence à vraiment exporter cette culture en dehors de la Guinée. Il y’a de très grands noms qui font énormément pour promouvoir la culture. C’est parce qu’on ne le connaît pas. On a de grands artistes tel que : Banlieuzart , Azaya ,Takana, Petit Kandia , Kandia Kora et bien d’autres….. Donc aujourd’hui, on essaie quand même sur tous nos évènements de les positionner.

Votre mot de fin !  

Je vous remercie d’être passé me voir.

Aujourd’hui, je ressens beaucoup de fierté et de reconnaissance parce que le festival a été adopté en Guinée. Vous avez cherché à me rencontrer, je pense que si je n’avais pas eu l’accompagnement de certaines personnes du monde de la culture, de ma famille en Guinée, de certains journalistes qui se sont engagés, qui se sont battus pour moi je ne serai pas là où je suis même si je suis dans mon pays. Ça ne se fait pas d’un clic, il faut beaucoup de travail et quand je parle de reconnaissances, c’est une reconnaissance très profonde pour certaines personnes qui vont sûrement se reconnaître et pour mon équipe.

Cette équipe qui ne dort que quand je dors et Dieu seul sait que je ne dors pas beaucoup (rire). Merci infiniment à tous !

M.G / Bamba Mohamed

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